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Meloduende Guitar : Interview Exclusive

16 mars 2015

MeloDuende Guitars : Guitare en aluminium Made in France

Aujourd’hui je souhaite faire découvrir  une marque de guitare pas comme les autres. Nous en avions déjà parlé dans un précédent article (cf : Yodelice Custom Skull Sword ), il s’agit de Meloduende.  Pourquoi  Meloduende n’est pas une marque comme les autres ?  Car leurs luthiers fabriquent des guitares en….Aluminium ! Etonnant non ? Vous ne les connaissez pas ? Et bien sachez que plusieurs personnalités françaises et internationales utilisent déjà des guitares confectionnées à la demande, par exemple  Nicolas Sikiris (Indochine), CC (Shaka Ponk), Manu (Tryo), Yodelice, John Butler (je suis affreusement jaloux de ces deux derniers…) et un certain Johnny Halliday. Bref du beau monde !

Un des « Meloboys » a eu la gentillesse d’accepter de répondre à quelques questions. Il s’agit de Jérémy.

LCDG: Salut Jéremy, je te remercie pour cet entretien. Tout d’abord je te laisse présenter brièvement, qui es-tu ? Et que fais-tu de beau pour occuper tes journées ? 

Jéremy: Hello Arnaud,

 Je suis Jérémy de l’atelier MeloDuende Guitars

Pour répondre à ta question, l’équipe Meloduende, c’est 3 MeloBoys. : Il y a Bertrand qui est ébéniste de métier (c’est surtout un vrai «touche à tout»), Cedric qui est infographiste et moi même issu du commerce/ management.

Comme tu peux le voir, Meloduende guitars est une aventure collective qui rassemble diverses compétences. Ce qui nous réunit, hormis le fait de ce connaître depuis la maternelle, c’est d’être tous les 3 musiciens et passionnés de guitares.

Sinon, on occupe nos journées à fabriquer des guitares customs (entre deux cafés 😉 ).

 

Comment est né Meloduende ? D’où vous vient cette idée de fabriquer des guitares en aluminium ?

L’idée de faire des guitares avec un corps en aluminium date du milieu des années 90. Nous étions adolescents et la musique prenait de plus en plus de place dans notre vie. A l’époque mon père avait un atelier de mécanique de précision, ce qui nous permettait d’avoir tout le matériel sous la main pour pouvoir réaliser ce genre d’instruments. Ensuite, nous avons suivi nos études, travaillé dans de divers domaines mais la passion est venue nous cueillir quelques années plus tard.

C’est en 2009 que MeloDuende Guitars a été lancé. Ce projet réunissait tout ce qu’on aime : la musique, la création, l’autonomie, les rencontres, la liberté, la recherche, le design. Bref, tu as la sensation d’être dans un laboratoire de recherche en Rock n Roll où l’humain à la part belle car avant tout il s’agit de rencontre entre un musicien et ceux qui vont lui fabriquer son outil de travail.

 

Yodelice et sa Meloduende

L’aluminium n’est-il pas gênant pour les micros ?

Non, bien au contraire. Une des vertus de l’aluminium est d’être amagnétique. Quand tu branches une Méloduende, tu n’entends que ce que tes doigts veulent donner, il n’y a aucun souffle. 

Sur des guitares « en bois » haute de gamme, tu retrouves une feuille d’alu ou de cuivre dans les cavités potards. Le but est de créer une cage de Faraday pour éviter tout bruits parasites. Sur une Meloduende, c’est tout le corps qui fait office de cage de Faraday. Ça laisse aussi la possibilité d’intégrer des effets dans la guitare comme par exemple, une Whammy sur l’une des guitares customs de CC (Shaka Ponk) ou une Tube Screamer dans celle de Yodelice.

D’ailleurs un micro  « Alnico »  c’est de l’alu du nickel et du cobalt ! (Alliage de l’aimant présent dans le micro)

 

Qu’est-ce que le métal apporte au niveau Sonore ?

Cette matière a apporté beaucoup à la guitare tel qu’on la connaît. Je vais te choquer mais toutes les guitares sont métalliques !!! Essaie de faire une guitare avec des frettes, des mécaniques et un chevalet en bois, ça sera pas la même, et je ne te parle même pas des cordes. Bon je rigole, mais on évoque souvent le bois quand on parle d’une guitare, alors qu’une grosse part des pièces maîtresses d’une guitare électrique, c’est bien du métal. En fait, on ne fait que laisser une part plus importante à cette matière et je vais t’expliquer pourquoi ce choix.

Quand tu pars dans une aventure comme celle là, soit tu suis soit tu cherches. En musique c’est pareil, soit tu fais des reprises ou soit tu composes. Dans notre cas, on ne se voyait pas faire une Nième marque appliquant la même recette.

Dans la famille corps + manche en bois, il n’y a plus tellement d’expériences à tenter. Des génies comme Léo Fender ont déjà fait le travail !!!

Pour nous, l’objectif était de créer une guitare électrique où la caisse a un rôle prédominant (à la manière d’une Hollowbody). Nous cherchions également une matière avec une densité supérieure au bois tout en gardant une capacité vibratoire importante.

Partant de cette idée, nous avons commencé par faire des prototypes en inox car grands fans du travail de Trussart (un couillu comme Léo Fender). C’est un alliage relativement simple à souder et qui permet des finitions brutes très intéressantes. Par contre sa densité trop importante empêche de pouvoir y rajouter un barrage tel qu’on le souhaitait. ça nécessitait des compromis qu’on ne voulait pas. En gros si on faisait la même chose en inox, le guitariste finirait avec une épaule cassée!

CC Shaka Ponk et sa meloduende

 

C’est en découvrant la Frying Pan crée par Rickenbaker & Beauchamp en 1932 que le déclic à eu lieu Ce n’est autre que la première guitare électrique au monde et elle a été faite en aluminium.

Nous sommes partis dans cette direction et hormis le fait que cet alliage soit difficile à maîtriser, on a été bluffé dès les premiers tests. Beaucoup plus léger mais tout aussi résistant que l’acier, amagnétique, et surtout ça vibre comme un V8 à 9000 tours/minute !! Bref, l’aluminium est devenu pour nous l’alliage idéal pour obtenir ce que l’on souhaitait.

Pour autant le corps en alu ne fait pas tout, c’est un maillon de la chaîne, un élément de plus qui vient transcender les micros et laisse s’affirmer le caractère de telle ou telle variété de bois pour la partie manche.

Question sonore,  nos instruments sont réputés pour avoir un long sustain (grâce à la densité de l’alu et notre système de jonction corps/manche). Le son est organique, brillant et chaud. Tant qu’à la précision et la dynamique de l’instrument, ça donne une bonne gifle quand on n’est pas habitué. C’est toujours délicat de parler  le son, comme je dis toujours : « essaies en une et après on se comprendra mieux  ».

Quelles sont les autres caractéristiques des guitares que vous fabriquez ? Est-ce fabriqué sur demande uniquement où peut-on en trouver en série ? Avez-vous des distributeurs ?

Nous ne faisons pas de guitares de série à proprement parler. Elles sont toujours différentes. On dissocie cependant les standards et les customs :

Nos guitares dites « standard » sont une vitrine, une base de travail pour des customs. Si un guitariste souhaite un modèle standard, on va lui réaliser suivant la configuration la mieux adapter à sont jeux. C’est le choix des frets, du radius, du profil du manche, micros etc…

Nous travaillons en direct  avec les musiciens mais aussi via un réseau d’une dizaine de revendeurs en France. Ce sont des magasins de musique au sens noble du terme, c’est à dire des magasins de passionnés qui aiment faire découvrir de nouvelles choses à leurs clients. On ne travaille ni avec des discounteurs, ni avec des chaines, ni avec Amazon… Nos revendeurs nous envoient les demandes des musiciens et nous réalisons leur guitare suivant leurs spécifications. Ce n’est pas possible avec « la grande distribution ».

Pour l’étranger, nous sommes en relation directe avec les guitaristes et bassistes. Grâce à internet on peut correspondre avec eux dans le monde entier. Pour nous les musiciens doivent être au centre de l’histoire. Les étapes de fabrication sont prisent en photos puis envoyées pour qu’ils suivent la réalisation de leur instrument en temps réel. Nous connaissons chacun de nos clients. Ça ressemble à un club et nous ne voudrions pour rien au monde, changer cette relation privilégiée.

Comment se retrouve-t-on un jour à fabriquer des guitares pour des artistes comme Yodelice, John Butler et surtout Johnny ?! Peux-tu nous raconter ces quelques rencontres et puis une ou deux anecdotes ? 

Alors là c’est difficile à dire… Pourquoi arrive ton à vendre des guitares custom à des artistes qui pourraient en avoir des dizaines gratuitement chez d’autres marques ?

Je présume qu’une partie des artistes préfère une relation humaine où ils sont écoutés et auront au final un instrument hors norme plutôt qu’un contrat d’endossement signé avec un commercial qui n’y comprend rien à la guitare.

On travaille avec peu de moyen. C’est le bouche à oreille qui fait que sa fonctionne. Par contre quand les artistes viennent chez nous, ils savent que nous n’avons pas de limite à la customisation. Je me retrouve souvent à leur dire  » ça va être chaud, mais on va y arriver ». Je crois que c’est notre coté Autodidacte qui fait que nous ne fermons la porte à rien.

Comme dit souvent Bertrand « on fait des trucs qui ne sont pas écrits dans le manuel ». C’est surement ça qui intéresse les guitaristes : avoir un instrument différent et unique. Le jour où tout le monde aura la même guitare et le même son, le rock sera mort.

Concernant les artistes dont tu me parles :

Nous avons rencontré Maxime Nucci (Yodelice) avant un concert. Il a essayé une Méloduende pendant les balances et nous a demandé si on pouvait lui réaliser une custom dans l’esprit de sa « Skull » acoustique mais en version électrique. Quinze jours plus tard, j’étais chez lui  pour démarrer le projet. Nous avons travaillé plus d’un an en collaboration pour arriver à sa Skull MeloDuende telle qu’on la connaît. Du coup, on a un carton rempli de versions alternatives !

Un effet Tube Screamer a été directement intégré à la guitare de Yodelice

John Butler avait repéré un de nos modèles Aluha (weissenborn ) par le biais d’internet, nous avons pas mal échangé par mail. Lors de son passage en France pour un concert au Trianon (Paris) nous avons passé la soirée à parler guitare avec lui et il est reparti avec le weissenborn. On a eu le droit à un petit concert privé. Cet homme, en plus d’être un grand artiste, est d’une gentillesse et d’une simplicité à tomber… un ange avec une aura immense !

john butler meloduende version weissenborn

Aluha upgrade JB custom#6

Pour la custom de Johnny Halliday, ça été très intense. Tu te colles une pression supplémentaire quand tu sais que tu bosses pour le taulier. On avait un délai de 2 mois pour qu’elle soit prête pour sa tournée aux USA.  Heureusement, nous avions Mr Luky (le guitar tech de Johnny et de bien d’autres artistes). Sa bienveillance et son soutien tout au long du processus de création ont été fondamentaux pour nous. On a passé plusieurs centaines d’heures entre la création du projet et la fabrication, à la fin on était rincé.

 Meloduende custom johnny Halliday

Quelle est selon toi la guitare qui est sortie de votre atelier  où tu t’es dit « Celle-là c’est la meilleure ! » ?

C’est toujours la prochaine !!! Le fait de te dire que la guitare de tes rêves n’existe pas encore permet d’avancer. Le jour où l’on te répondra que la meilleure a été faite, alors là on n’aura plus rien dans le sac (J). C’est en quelque sorte la quête du graal !

Après c’est vrai que certaines te donnent plus de sensations que d’autres mais c’est complètement irrationnel.

 

Pour quel artiste, si ce n’est pas réalisé, aimerais-tu fabriquer une guitare ?

Il y en a des tonnes tu t’en doutes !!

 Pour Bertrand, c’est Mark Knopfler (tous les matins il arrive à l’atelier en disant « tient Mark m’a appelé hier prendre  des nouvelles ;)»), pour Cédric  ça serait Billy Corgan. Quant à moi, j’aurais adoré faire une custom pour Jimi Hendrix, mais il va falloir que je patiente un peu pour pouvoir parler de ça avec lui !

 

Peux-tu nous expliquer un peu le processus de création d’une guitare ? De l’idée jusqu’à la réalisation ?

Ça commence par une rencontre avec un ou une guitariste. Après le projet se monte grâce à des échanges : mail, tel, rendez vous à l’atelier. Une fois qu’on a les bases du futur custom, Cédric réalise un Preview 3D,  c’est un outil génial qui permet d’avoir un portrait fidèle de ce que va donner l’instrument. Ensuite débute la phase de fabrication qui peut prendre entre 3 et 6 mois suivant le custom.

 

Pour finir, quel est le prix moyen d’une guitare MeloDuende ?

Il faut compter 1890€ en entrée de gamme pour avoir une Meloduende. La majorité des modèles tournent autour des 3000 €. Après certaines n’ont pas de prix.

Chez nous, Il n’y a pas de différence de tarifs entre standard et custom. Le soin apporté et la méthode de travail sont les mêmes, du sur-mesure. Comme je te disais, nos modèles « standard » sont en fait des exemples de custom, une base de réflexion pour le guitariste. C’est un menu à la carte et même plus, puisque là le guitariste choisit même les ingrédients du plat.

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