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A la découverte de Ligérie Guitares

20 août 2017

Salut Clément, je te remercie pour cet entretien. Tout d’abord je te laisse présenter brièvement, qui es-tu ? Et que fais-tu de beau pour occuper tes journées ?

Salut Arnaud ! Je te remercie à mon tour de t’intéresser à notre petite entreprise. Alors pour faire simple, j’ai 34 ans, je suis designer de formation, passionné depuis l’enfance par l’automobile, le dessin et la création en tout genre. Et bien sûr la guitare électrique !

ligérie guitares

Mes journées sont bien occupées par le travail tu sais, la dure vie d’entrepreneur… Et quand je ne travaille pas, j’essaie de jouer un peu de guitare ou je prends un peu de temps en famille. Mais c’est vrai qu’en général je pense constamment “guitare”, c’est dur de décrocher.

Raconte-nous comment est née Ligérie Guitares ? D’où vous vient cette passion de fabriquer des guitares ?

Là ça risque d’être un peu plus long comme explication. Déjà Ligérie c’est une marque de guitares et basses électriques crée avec un ami à moi, Sylvère. Nous avons fait nos études de design ensemble et nous avions toujours voulu monter quelque chose en commun.

De mon côté, j’ai attaqué la “lutherie” peu de temps après avoir eu ma première guitare électrique, une bonne vieille copie de Strat japonaise des 80’s (une Hondo). Je l’ai très vite démontée et je me suis dit que ça serait sympa de refaire un corps et quelques pièces d’accastillage. Mon père avait tout l’outillage nécessaire pour travailler le bois et il devait couper un aulne sur un terrain de la famille. Banco ! Ce vieil aulne a fini en planches, a été mis à sécher au grenier et m’a servi de matière première pour ma première “Funkycaster” (2004). S’en est suivi un ukulélé électrique, puis d’autres guitares, un lap steel… Entre temps, j’ai rencontré Sylvère, guitariste également et bidouilleur de ses guitares, que j’ai entraîné dans le piège de la lutherie.

Après nos études on a travaillé chacun de notre côté comme designers, lui sur Orléans, moi à Salon-de-Provence mais on avait toujours notre projet en tête. Ça s’est petit à petit orienté vers la guitare et après la fermeture de la boîte dans laquelle je bossais, je l’ai rejoint sur Orléans en et nous avons planché sur Ligérie qui voit le jour à l’été 2016.

Sur ton site nous remarquons que tu parles de d’équipage, d’esprit du fleuve, journal de bord…hum tu nous explique 😉 ?

Tu t’en doutes, Ligérie n’est pas un nom donné au hasard. C’est tout simplement un hommage à la Loire dont le nom romain était Liger. Cette Loire qui borde Orléans bien sûr, mais traverse presque la moitié de la France, de l’Ardèche à Nantes, en passant par Nevers (là où on a fait nos études de design). Déjà que le côté sauvage du fleuve nous plaisait, nous l’avons choisi comme symbole d’un patrimoine naturel français. Nous ne voulions pas d’une énième marque avec les mots “custom” ou “guitars” dans le nom. Ligérie, c’est français, sans être franchouillard, et ça sonne comme un pays imaginaire, une invitation au voyage.

Encore un clin d’oeil au patrimoine ligérien et français, toutes nos guitares portent des noms de cépages utilisés (ou ayant été utilisé) dans les vins de Loire : Gamay, Othello, Lenoir, Sauvignon… Chaque raisin a son propre caractère, qu’on a essayé de mettre en relation avec l’esprit de chaque guitare.

Quelle est un peu ta marque de fabrique qui te différencie ?

Chez Ligérie, avant tout on aime le bois, et on essaie de bien lui rendre ! On travaille principalement avec des essences françaises car on a la chance d’avoir un pays riche en forêts et qui plus est nos forêts sont gérées de manière éco-responsables ! On a plein de bois propices à la lutherie en France, pourquoi s’en priver ? Une bonne partie de notre stock actuel est du bois que nous avons coupé, stocké et séché nous-mêmes depuis plus de 10 ans. Alors oui, on aura pas d’acajou ou d’ébène sur nos instruments de série, mais au final ça donne une touche sonore un peu différente à nos guitares. Il nous arrive quand même d’utiliser des bois exotiques mais uniquement à la demande ou sur des modèles uniques.

On essaie de se différencier aussi visuellement, avec des petits détails travaillés, des chanfreins placés ici ou là, et une ergonomie toujours bien pensée. Dans l’ensemble nos guitares sont sobres, et c’est assez apprécié. On ne cherche pas à faire les guitares les plus originales, ni des oeuvres d’art, on fait des guitares de rock’n’roll ! Simplicité, solidité, durabilité, et à un prix raisonné ! Pour cela pas de miracle, juste utiliser les recettes que les “grands” ont utilisé avant nous, comme Gibson avec les Junior ou les Studio par exemple, des instruments simplifiés au maximum conçus pour sonner sans extravagance.

Combien de temps mets-tu en moyenne pour réaliser une guitare ?

C’est une question qu’on nous pose souvent, et pour laquelle la réponse est toujours la même : ça dépend. Tout dépend de la complexité et de la finition. Disons que sur un de nos instruments de la gamme standard, on essaie d’optimiser la fabrication, on a des instruments assez sobres, aux finitions rustiques. Il faut compter environ 40h de travail (hors finition) à l’heure actuelle. L’objectif est d’optimiser encore plus pour arriver à 35 heures au maxi. Sur des projets plus originaux, on peut arriver facilement au double. Ce qui coûte le plus cher sur une guitare c’est la main d’oeuvre, donc plus le modèle sera simple et bien conçu, moins on passera de temps à la fabrication au profit du réglage qui est souvent une étape bâclée chez beaucoup de fabricants industriels.

Peux-tu nous décrire un peu l’élaboration d’une guitare ? De l’idée jusqu’à la réalisation ?

Au final je travaille sur les guitares comme j’ai toujours travaillé en tant que designer. Du moins côté conception, le processus est le même. L’inspiration peut venir de plein de choses, d’autres guitares bien sûr mais aussi d’autres formes. Je suis très sensibles aux petits détails bien travaillés, toujours observateur. Ensuite ça passe par quelques croquis, plus ou moins selon si la forme est nette dans mon esprit ou non. Puis je passe sur l’ordinateur et je trace les courbes plus précisément, j’aligne certains points, symétrise ou non les courbes, je change les proportions… Je travaille toujours à l’échelle 1 pour pouvoir directement sortir mes plans ou faire découper mes gabarits au Laser. Et puis on peut aussi sortir des images virtuelles, tester différentes combinaisons de couleurs, sans fabriquer quoi que ce soit. C’est bien pratique pour présenter les déclinaisons de modèles sur notre site, ou faire une présentation au client de ce que sera sa guitare. J’ai quasiment conçu toutes mes guitares de cette manière depuis mes débuts d’amateur. Après, il faut penser “bois” et faire ses choix en fonction du son, de la texture, du veinage, etc…

Tu as un partenaire privilégié pour tes micros?

Nous ne fabriquons pas de micro chez Ligérie, donc c’est un choix qui est laissé au client. Les formats de micros étant quand même assez standardisés, ça ne change rien à notre travail de monter telle ou telle marque. Sur nos propres guitares ou sur nos modèles Ligérie déjà fabriquées on a essayé pas mal de marques ce qui nous permet de conseiller en fonction de la guitare. Ce qui est bien c’est qu’au moins en micros on trouve du très bon matos made in France, et ça pour nous c’est un plus. On a été très emballé par Crel et SP Custom. Pour le moment ce sont les 2 marques qu’on conseille et monte le plus.

Fabriques-tu uniquement des guitares ou est-ce que tu t’aventures sur d’autres terrains ?

Pour Ligérie on s’en tient aux guitares et basses électriques. Après personnellement, même si je me suis essayé au ukulélé et au lap steel, mon prochain défi sera de passer à l’acoustique, mais pas forcément une guitare. J’ai bien envie d’un bouzouki irlandais !

Quelle est selon toi la guitare qui est sortie de votre atelier où tu t’es dit « Celle-là c’est la meilleure ! » ? ( une photo ?)

Encore un question pas facile ! C’est assez dur, elles ont chacunes leur petit truc, mais j’ai un faible pour la première Gamay Brut en config de série, le proto G-002. Même avec un seul micro elle peut faire pas mal de choses, et surtout elle est rageuse ! On a essayé plusieurs micros sur cette guitare, un DiMarzio DP100 Super Distorsion, un Super 2 des années 80 (plus medium que le DP100), mais c’est définitivement le P90 qui lui va.

Gamay Brut G-002 Ligérie Guitare

Pour quel guitariste célèbre aimerais-tu fabriquer une gratte ?

Je suis un grand fan de -M- depuis ses débuts, donc forcément si je ne dois en citer qu’un ce sera lui !

Où peut-on nous trouver tes créations ? Tu as un distributeur ? Comment arrives-tu à te faire connaître ?

Pour le moment nous vendons en direct au client. Peut-être que ça évoluera mais le réseau de distribution classique ne noue permettrait pas de proposer les mêmes tarifs.

Pour finir, quel est le prix moyen d’une guitare une fois sortie de ton atelier ?

Disons plutôt une fourchette car un prix moyen n’aurait pas vraiment de sens. Sur notre gamme standard on est grosso modo entre 1000 et 1500€ en prix de départ. Ensuite tout est personnalisable, donc le tarif évolue en fonction des options, accessoires, finition, etc… Il arrive aussi parfois de vendre des instruments à plus de 3000€ sur des commandes spéciales. Ce qui nous importait avant même de lancer la marque c’était qu’à 1000€ on pouvait proposer une guitare qui envoie et fabriquée en France !

Un grand merci à Clément pour avoir répondu à nos questions. Vous retrouverez tous les modèles de Ligérie sur le (superbe) site de la marque. En attendant voici un petit aperçu :

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